Coup de gueule
 

Des étrangers les uns pour les autres

Vendredi 26 mars 2010, il est 9h00 du matin. Peut-être un peu plus, peut-être un peu moins. Journée triste, temps couvert. Métro La Défense, Paris, Ligne 1. Il fait sombre et sec mais on sait pourquoi... On est dans le métro !

Je prends les escalators. Arrivé à peine sur le quai, dix mètres derrière moi, un hurlement, un bruit sourd.
Une dame vient de tomber lourdement. Un vol plané de cinq à six marches. Face contre terre, elle peine à se relever, aidée par des passants surpris, étonnés par le choc. La malheureuse victime, souffle coupé, tente d'interpeler dans une colère non dissimulée, un individu arrivé à ma hauteur et qui se précipite dans le premier métro, se dandinant, serviette à la main, afin d'atteindre coûte que coûte son objectif, sa rame de métro ! Pas un mot, pas une grimace. Il m'a dépassé dans une totale indifférence sans piper mot en ignorant l'accident qu'il vient de provoquer.

La Défense, c'est le quartier des affaires à Paris, non qu'on ne brasse pas du business ailleurs, mais ici, plus qu'ailleurs, on brasse ! Tout le monde va vite dans la même direction, comme des moutons. Les escaliers, escalators et tout ce qui mène à la surface le matin ou dans le métro le soir est saturé pendant deux heures matin et soir. Vous devez refaire votre lacet, vous changez d'avis et décidez de faire demi-tour ? Vous êtes mort ! C'est La Défense...

Cet accident aurait sans doute pu arriver à Bruxelles à Rome ou Bratislava mais le fait est que j'étais à Paris ce jour-là. Je relate donc ce que j'ai vu, ce que j'ai ressenti. Nous nous replions de plus en plus sur nous-mêmes. Plus nous disposons d'outils de communication, moins nous communiquons. Au plus nous avons d'argent, au plus nous en voulons et au plus nous achetons sans discernement. Au plus nous courons, au moins nous sommes capables d'être sensible à la détresse des autres. Parfois même l'indifférence, l'ignorance, l'aveuglement accablent au coeur de nos propres familles.

Rien ne change vraiment et rien de nouveau dans ce que je viens de vous raconter. L'égoisme et la cupidité ont toujours existé. On dit même souvent que c'est le prix de notre Liberté.
La Liberté, si elle existe (Descartes y croit, Spinoza un peu moins), devrait passer par quelque chose que l'on pourrait appeler l'Amour, la Solidarité, le Pardon.

Un point positif et un réel Espoir :
La femme s'est relevée dans trop souffrir.
Elle était aidée et réconfortée par des êtres humains qui, le temps d'une minute avaient retrouvé leur Liberté.

Francis Vilain
Photographe

 

 

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